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Pages 11 et 12

 

            « Qu’est-ce qu’un roi peut bien venir faire dans un quartier aussi misérable que cette banlieue de province ?! »

Les coordonnées GPS transmises par l’Etoile s’étaient maintenant transformées en une petite croix clignotante sur l’image satellite d’une grande ville. Le Président la fixait comme si la réponse allait lui être révélée.

- Peut-être veut-il se joindre au peuple ? ironisa-t-il, humilié par l’impression de ne pas maîtriser la situation ni de parvenir à la comprendre.

Un ricanement général parcourut l’assemblée des conseillers et ministres réunis autour du Président.

- De toutes les façons, il faut que je le reçoive, quelque soit son excentricité.

- Par mesures de sécurité, Monsieur, nous préférons que vous n’y alliez pas, intervint le ministre de la Sécurité Intérieure. Ce quartier est l’un des plus mal famés du pays : taux de délinquance et de chômage au plafond, niveau de vie inférieur au seuil national de pauvreté.

- Je ne comptais pas m’y rendre, rassurez-vous. On serait fichu en plus de me taxer de populiste. Non, il faut lui préparer un petit comité d’accueil digne de ce nom qui l’accompagnera ensuite jusqu’à la capitale.

Le Président fit quelques pas autour de la table sous l’œil attentif des conseillers qui se demandaient à qui cette tache ingrate serait dévolue.

- Que pensez-vous de…Richemole ? reprit-il après quelques secondes de silence.

Un murmure général révéla l’acquiescement et le soulagement de tous.

- Richemole, à la Diplomatie ? Oui, très bien. Très BCBG, parfait pour un Roi. Puis avec l’étiquette de diplomate, on ne pourra pas dire que vous ne faites pas un effort…

Nouveau ricanement général que le Président fit taire d’un geste.

- Alors c’est entendu. Faites-le accompagner des secrétaires d’état aux Affaires Etrangères, plus une petite escorte policière et après-demain je le reçois ici en grandes pompes.

Philippe, tu me prépares un discours historique en vantant l’humilité du Roi, histoire de le mettre à l’aise, mais n’en fais pas des tonnes.

Claire, vois le protocole avec la garde présidentielle, on va lui organiser un petit défilé.

Jean-François, je te laisse annoncer l’histoire à la presse, tu sauras bien tourner ça à mon avantage… Mais je ne veux aucune fuite avant 2 jours, aucune avant qu’il ne soit là, c’est bien clair ? »

Nouveau murmure d’acquiescement.

« Tout le monde est au point ? Alors au boulot. »

Un brouhaha de raclements de chaises accompagna le départ des conseillers. Le Président ferma les portes et s’assit en soupirant devant son grand bureau.

Quelle histoire étrange tout de même…songea-t-il. Si les services secrets l’avaient certifié, il ne pouvait pourtant pas en douter. Plusieurs options s’offraient désormais à lui : soit il s’agissait d’un coup particulièrement bien monté qui verrait la débâcle totale de son gouvernement et sa propre chute, soit il gagnait des points en jouant la carte de la complicité avec le Roi…

…soit…

Mais l’idée était dangereuse. Elle pouvait même conduire le pays à la guerre.

Etait-ce raisonnable ? L’effet de surprise serait total pour les Etats Réunis et là-bas, ça ne serait plus que la débandade puis la capitulation… Adieu phrases hypocrites de réconciliation ! Le pays aurait enfin sa revanche.

 Un raisonnement machiavélique était en train de naître dans l’esprit du Président.

« Dans ce cas, songea-t-il, il ne faudrait même pas le laisser venir jusqu’ici, mais étouffer au plus tôt l’affaire sur place, dans cette banlieue paumée où les crimes non élucidés doivent être monnaie courante… L’idée est séduisante… »

Le Président étendit la main, composa un numéro et patienta quelques secondes.

 

« Bonsoir, j’aurais un travail pour vous. »

 

 

 

  (suite)