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Pages 4 et 5

 

 

Cette nuit-là, au centre spatial international, les ingénieurs d’astreinte restaient perplexes. Ils avaient assisté quelques jours auparavant, à la naissance d’une étoile, phénomène rarissime et d’observation extrêmement difficile. L’évènement avait pu être enregistré dans sa totalité, laissant des milliers de données à exploiter – de quoi occuper plusieurs générations d’astronomes. Mais non content d’être apparu sous les yeux ébahis des physiciens, l’astre semblait maintenant, lentement mais inexorablement, se rapprocher d’eux, comme pour mieux se faire admirer, en dépit des milliards d’années lumière qui le séparaient de la planète Terre. La distance réduisait d’heure en heure, à une vitesse toujours croissante, obligeant les astronomes à recalculer régulièrement sa position.

Tout le bureau se trouvait sur le pied de guerre.

Des gobelets à café vides s’empilaient sur le coin des tables, tandis que les scientifiques regardaient, incrédules, sur leurs écrans, un soleil miniature leur foncer dessus. Quand après une heure de calculs et recalculs, il devint indubitable que la Terre se trouvait sur la trajectoire exacte de l’étoile, un grand silence se fit dans la salle. On se regarda d’abord avec des yeux hagards, avant de les tourner, d’un même élan ou presque, vers l’astronome en chef, reconnaissable à son visage pâle, ses cheveux en bataille et sa barbe de 24 heures. A lui incombait la délicate tâche de prévenir le Président. Une sueur glacée lui inondait le front et sa bouche s’était brusquement asséchée. Dans le bureau régnait un silence pesant. Etait-ce la fin du monde ? L’humanité allait-elle disparaître brutalement dans le chaos ? Etaient-ils tous condamnées à brève échéance ?

 

« Elle s’est arrêtée »

Une voix, faible mais claire, s’était faite entendre du fond de la salle.

L’ingénieur qui avait prononcé cette phrase leva les yeux de son écran et fixa ses collègues incrédules.

« L’Etoile, elle s’est arrêtée, elle ne bouge plus, jugea-t-il nécessaire de préciser. »

Après quelques instants de stupeur, tous se ruèrent sur leurs écrans. L’astre n’avançait effectivement plus. Il était toujours là, bien en vue, mais dans l’immédiat il ne menaçait plus la Terre. Le soulagement fut instantané. La tension générale se relâcha. Les visages fatigués affichèrent quelques pâles sourires et on se passa la main dans les cheveux pour se donner une contenance après ces longues minutes d’effroi. On recommençait presque à parler à voix haute.

L’astronome en chef s’apprêta d’ailleurs à prendre la parole quand le téléphone se mit à sonner. C’était l’Observatoire, l’unité voisine, qui avait lui aussi suivi l’avancée fulgurante de l’étoile et s’enquérait de ce qu’il fallait, ou non, dire aux médias qui ne manqueraient pas le lendemain de s’interroger sur la présence de ce nouvel occupant céleste. Car à trop la fixer de loin, les ingénieurs avaient oublié la réelle distance de l’Etoile, qui était désormais parfaitement visible dans le ciel terrien, sans nécessiter l’usage d’une lunette d’astronomie. Tout le bureau se rua aux fenêtres, pour regarder, mi fascinés, mi terrifiés, cet astre très brillant, plus blanc que la Lune qui les dominait de sa clarté éblouissante.

Au bout du fil, les astronomes possédaient d’autres informations plutôt étranges : l’immense antenne réceptrice située sur le toit du bâtiment enregistrait sans discontinu le même signal depuis des heures. Ce qui avait été d’abord pris pour une émission parasite augmentait désormais en fréquence et en netteté. C’était un signal codé, une phrase d’ondes : un message pour ainsi dire.

Un mot vint subitement à la pensée de toute l’équipe, sans qu’aucun n’ait l’audace de le dire, par crainte de déclencher des moqueries, sans doute… Le combiné sur l’oreille, l’astronome en chef parvint à s’affranchir de tous scrupules.

« Pensez-vous qu’il puisse s’agir…d’un message extra-terrestre ?!

- Eh bien…nous pensons que ce signal est effectivement émis par cet astre…et qu’en conséquence, éh bien…oui, il pourrait s’agir d’un contact « autre que terrien ».

- …

Dans le bureau, tous les ingénieurs retinrent leur respiration.

- Et où en êtes-vous du décodage ? reprit l’astronome après un moment de silence.

- Nous avons terminé. Selon toute vraisemblance, et aussi étonnant que cela puisse paraître, il s’agit de…de coordonnées GPS.

 

 

 

  (suite)